Discours du chef indien SEATTLE
devant l'Assemblée des tribus d'Amérique du Nord en 1854


Il n'existe pas de transcription textuelle de ce discours, mais plusieurs versions plus ou moins crédibles, toutes étant de seconde main.
Les deux plus notoires sont présentées ici :
– la version 3, la plus belle, la plus « écologiste », la plus connue mais aussi malheureusement... la plus fausse;
– la version 1, plus sérieuse, 1ère transcription de ce discours qui parut dans le Seattle Sunday Star en 1887.

En savoir plus : Wikipedia   ~   The Nomadic Spirit, Critical Thinkers Resources


Note : dans les textes originaux, Seattle (sic) nomme les Amérindiens « Red Man ».
Pour les versions françaises ci-dessous, j'ai choisi de traduire littéralement (« Homme Rouge ») ce mot composé anglais, plutôt que d'utiliser les deux termes désuets et folklore-western « Peau-Rouge » (injurieux) ou « Indien » (dû à la confusion de Christophe Colomb croyant avoir atteint les Indes).
J'ai également écarté « Amérindien », car ce mot n'existait pas encore au XIXème siècle.

 

Version 3   ~   Version 1

Écrite par le professeur Ted Perry dans le cadre d'un scénario de film.
Probablement (à mon avis) la plus belle version ! Mais sans doute... trop belle pour être vraie !


Nous le savons: la Terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la Terre.
Continuez à souiller votre lit, et une belle nuit, vous étoufferez dans vos propres déchets.

--
--
--

petit bloc-notes

Version 3   ~   Version 1

Écrite par le Dr. Henry A. Smith, et publiée dans le Seattle Sunday Star le 29 octobre 1887.
Cette version de Smith n'est pas une copie exacte, mais une bonne transcription des notes prises à l'époque.


Pour nous, les cendres de nos ancêtres sont sacrées et leur lieu de repos est une terre sainte.
Vous errez loin des tombes de vos ancêtres et apparemment sans regret.

Les grands espaces célestes qui ont versé des larmes de compassion pour mon peuple pendant d'innombrables siècles, et qui nous semblent immuables et éternels, peuvent changer. Aujourd'hui, ils sont dégagés. Demain ils seront peut-être chargés de nuages. Mes mots ressemblent aux étoiles qui ne changent jamais. Le grand chef de Washington peut croire les propos de Seattle, quels qu'ils soient, avec la même certitude que le retour immuable du soleil ou des saisons. Le chef blanc dit que le Grand Chef de Washington nous transmet son amitié et sa bienveillance. C'est aimable de sa part car nous savons qu'en retour il a peu besoin de notre amitié. Son peuple est innombrable. Il est comme l'herbe qui couvre d'immenses prairies. Mon peuple est peu nombreux. Il ressemble aux arbres éparpillés d'une plaine balayée par les tempêtes. Le grand — et je présume bon — Chef Blanc nous fait savoir qu'il souhaite acheter notre terre mais qu'il est disposé à nous en laisser suffisamment pour vivre confortablement. Cela paraît en effet équitable, généreux même, puisque l'Homme Rouge n'a désormais plus de légitimité, et l'offre semble également sage dans la mesure où nous n'avons plus la nécessité d'un vaste pays.

Il fut un temps où notre peuple parcourait la terre comme les vagues d'une mer ébouriffée par le vent recouvrent son sol pavé de coquillages, mais ce temps a pris fin depuis longtemps avec une ampleur des tribus qui n'est plus aujourd'hui qu'un douloureux souvenir. Je ne reviendrai pas, et ne pleurerai pas sur notre déclin prématuré, ni ne reprocherai à mes frères au Visage Pâle de l'avoir accéléré, car nous aussi sommes quelque peu à blâmer.

La jeunesse est impulsive. Quand nos jeunes hommes se mettent en colère, à tort ou à raison, et marquent leurs visages de peinture noire, cela indique que leurs cœurs sont noirs et qu'ils peuvent être cruels et inflexibles, et nos Anciens et Anciennes sont alors incapables de les retenir. Il en a toujours été ainsi. Il en était ainsi quand l'homme blanc a commencé à rejeter nos ancêtres toujours plus loin à l'ouest. Mais nous souhaitons que les hostilités ne reprennent jamais entre nous. Nous aurions tout à perdre et rien à gagner. La vengeance est considérée par nos jeunes hommes comme une bonne chose, même au prix de leurs propres vies, mais les Anciens qui restent chez eux en temps de guerre, et les mères qui peuvent perdre leurs enfants, savent qu'il n'en est rien.

Notre bon père de Washington — car je présume qu'il est maintenant notre père aussi bien que le vôtre, depuis que le roi George a déplacé ses frontières plus au nord — notre grand et bon père, dis-je, nous envoie le message que si nous agissons comme il le désire, il nous protègera. Ses braves guerriers seront pour nous un mur infranchissable, et ses merveilleux navires de guerre rempliront nos ports, de sorte que nos anciens ennemis plus loin au nord — les Haidas et les Tsimshians — cessent d'effrayer nos femmes, nos enfants et nos Anciens. Alors, en réalité, il sera notre père et nous ses enfants.

Mais cela peut-il arriver un jour ? Votre Dieu n'est pas notre Dieu ! Votre Dieu aime votre peuple et déteste le mien ! Il déploie affectueusement ses forts bras protecteurs autour du Visage Pâle et le guide par la main comme un père conduit un jeune enfant. Mais il a abandonné ses enfants Rouges, s'ils sont réellement les siens. Notre Dieu, le Grand Esprit, semble aussi nous avoir abandonnés. Votre Dieu rend votre peuple de jour en jour plus fort. Bientôt il recouvrira toute la Terre, tandis que notre peuple décline rapidement comme une marée descendante qui ne remontera jamais. Le Dieu de l'homme blanc n'aime pas notre peuple, sinon Il le protégerait. Notre peuple ressemble à un orphelin qui ne peut nulle part trouver de l'aide. Comment pouvons-nous être frères ? Comment votre Dieu peut-Il devenir notre Dieu et renouveler notre prospérité et éveiller en nous des rêves d'une grandeur retrouvée ? Si nous avons un Père Céleste commun, Il doit être partial, car Il n'est venu qu'à ses enfants au visage pâle. Nous ne le voyons jamais. Il vous a donné des lois, mais n'a eu aucun mot pour ses enfants rouges dont des multitudes grouillantes ont autrefois peuplé ce vaste continent comme les étoiles remplissent le firmament. Non; nous sommes deux races distinctes avec des origines différentes et des destins séparés. Il y a peu de chose en commun entre nous.

Pour nous, les cendres de nos ancêtres sont sacrées et leur lieu de repos est une terre sainte. Vous errez loin des tombes de vos ancêtres et apparemment sans regret. Votre religion a été écrite sur des tablettes de pierre par le doigt de fer de votre Dieu afin que vous ne puissiez pas oublier. L'Homme Rouge ne pourrait jamais comprendre ou se souvenir de cela. Notre religion représente les traditions de nos ancêtres — les rêves de nos Anciens qui leur sont transmis pendant les heures solennelles de la nuit par le Grand Esprit; et les visions de nos sachems, qui sont écrites dans le cœur de notre peuple.

Vos morts cessent de vous aimer et délaissent la terre de leur naissance dès qu'ils franchissent les portes de la tombe et errent loin au-delà des étoiles. Ils ont vite oublié et ne reviennent jamais. Nos morts n'oublient jamais ce beau monde qui leur a donné la vie. Ils aiment toujours ses vallées verdoyantes, ses murmurantes rivières, ses magnifiques montagnes, ses vallées isolées bordées de lacs et de baies verdoyantes, ils éprouvent éternellement une tendre affection pour les vivants au cœur solitaire, et reviennent souvent de leur heureux terrain de chasse pour les visiter, les guider, les consoler ou les réconforter.

Le jour et la nuit ne peuvent exister en même temps. L'Homme Rouge n'a jamais fui l'approche de l'Homme Blanc, comme la brume du matin fuit le soleil du matin. Cependant, votre proposition semble juste et je pense que mon peuple l'acceptera et qu'il se retirera dans la réserve que vous lui offrez. Nous demeurerons alors à l'écart et en paix, car les mots du Grand Chef Blanc ressemblent aux mots de la nature parlant à mon peuple en dehors des noirs ténèbres.

Peu importe où nous passerons le reste de nos jours. Ils ne seront pas nombreux. La nuit de l'Indien promet d'être sombre. Aucune lueur d'espoir ne plane au-dessus de son horizon. Des vents à la triste sonorité gémissent au loin. Un lugubre destin semble promis à l'Homme Rouge, et où qu'il aille il entendra s'approcher les pas de son sinistre destructeur et se préparera impassiblement à son sort, tout comme la biche blessée qui entend s'approcher les pas du chasseur.

Encore quelques lunes, encore quelques hivers, et il ne restera plus un seul descendant des puissantes armées qui jadis ont peuplé cette vaste terre et vécu dans d'heureux foyers, protégés par le Grand Esprit, pour pleurer sur les tombes d'un peuple qui fut aussi puissant et plein d'espoir que le vôtre. Mais pourquoi devrais-je pleurer sur la mort prématurée de mon peuple ? Les tribus succèdent aux tribus, et les nations succèdent aux nations, comme les vagues de la mer. Ceci va dans le sens naturel et le regret est inutile. Le temps de votre déclin est peut-être lointain, mais il viendra sans aucun doute, même pour l'Homme Blanc avec lequel Dieu a marché et parlé comme un ami à un ami, et qui ne peut être exempté de la destinée universelle. Nous pouvons être frères après tout. Nous verrons.

Nous allons considérer votre proposition et quand nous aurons décidé, nous vous en ferons part. Mais si nous l'acceptons, je pose ici et maintenant cette condition que ne nous soit pas refusé le privilège de visiter sans être malmenés, et à tout moment, les tombes de nos ancêtres, de nos amis et de nos enfants. Pour mon peuple, chaque partie de cette terre est sacrée. Chaque colline, chaque vallée, chaque plaine et bosquet, a été sanctifié par un événement triste ou heureux à une époque depuis longtemps révolue. Même les rochers, qui semblent muets et morts sous la chaleur accablante du soleil le long de rivages silencieux, frissonnent à la mémoire d'événements qui agitèrent la vie de mon peuple, et même la poussière sur laquelle vous vous tenez maintenant préfère la trace de nos pas à celle des vôtres, parce qu'elle fut enrichie du sang de nos ancêtres, et nos pieds nus sont conscients de ce contact charnel. Nos braves disparus, nos mères affectueuses, nos jeunes filles au cœur joyeux, et même nos petits enfants qui ont vécu ici et s'y réjouissaient le temps d'une brève saison, aimeront ces sombres solitudes et, au crépuscule, y salueront les ombres des revenants. Et lorsque le dernier Homme Rouge aura péri, que le souvenir de ma tribu sera devenu un mythe pour les Hommes Blancs, ces rivages grouilleront des morts invisibles de ma tribu, et quand les enfants de vos enfants se croiront seuls dans un champ, un magasin, une boutique, une route, ou dans le silence de sentiers de forêts, ils ne seront pas seuls. Nulle part dans le monde, il n'y a d'endroit voué à la solitude. La nuit, quand les rues de vos villes et villages sont silencieuses et que vous les croyez désertes, elles sont bondées d'Esprits qui jadis avaient occupés et aiment toujours cette belle terre. L'Homme Blanc ne sera jamais seul.

Qu'il soit juste et traite avec bonté mon peuple, car les morts ne sont pas impuissants. Morts, ai-je dit ? Il n'y a pas de morts, seulement un changement de monde.

 

 

________________________________
0 COMMENTAIRE

FRANCE - 15 novembre 2012
Daniel Bertrand a écrit :
Merci à tous ceux et toutes celles qui enrichiront cette page d'un commentaire. Ne vous en privez pas :-)

 

~   POSTER UN COMMENTAIRE   ~

  * champs nécessaires  



 

Sauf imprévu, votre commentaire sera ajouté ci-dessus dans les 24 heures

 

 

, portraits et nus féminins – photographies
english version

© Daniel Bertrand – droits d'auteur protégés par le code de la propriété intellectuelle – conditions d'utilisation
 

--
mon petit bloc-notes

this page in english

haut de page
bas de page